Prospective
Transdisciplinaire
Intersectorielle
    Internationale


1.     EAU ET COSMOGONIES
2.     MYTHOLOGIES DES MARAIS, SOURCES, PUITS ET FONTAINES
3.     LES FLEUVES DE LA MYTHOLOGIE

1. EAU ET COSMOGONIES

  • Mythologie indienne

 

En Inde, le culte de l’eau a deux origines principales qui sont liées, l’une comme l’autre, aux conditions de vie de la population .

Tout d’abord, il y a l’énorme débit de Gange ; son fleuve immense, né dans l’Himalaya, va se jeter dans le golfe du Bengale après avoir fertilisé de vastes territoires. Et puis, l’Inde a toujours été largement dépendante de pluies (régime des moussons) et des inondations qui ont donné naissance à un mythe du déluge. Fleuve sacré, le Gange apparaît dans la plupart des récits mythologiques hindous. L’un deux raconte que le fleuve venait du ciel et qu’il était descendu sur la Terre pour la nettoyer et la purifier des cendres humaines que le vent y avait déposées. Pour empêcher le fleuve d’inonder la Terre, le dieu Civa le fit passer sur sa tête et là, coulant entre sa chevelure, il s’était divisé en sept torrents qui se dirigeaient vers la mer.

Quant au mythe du déluge, c’est également un thème fréquent de la mythologie indienne. La légende raconte qu’un jour Manu, le premier homme, effectuait ses ablutions quotidiennes lorsqu’il attrapa un petit poisson qui le supplia de le laisser en liberté. Manu le déposa dans une jarre mais le poisson grandit tellement qu’il dut le mettre dans un lac puis dans la mer. En remerciement, le poisson prévint Manu de l’arrivée imminente du déluge et lui donna un bateau. Manu s’y réfugia, en emmenant avec lui un couple de chaque espèce animale. Bientôt, le niveau de l’eau monta et la terre disparut. Le seul survivant fut le gigantesque poisson que, dans certains récits, on identifie à Vishnu, paré d’écailles d’or et d’une corne à laquelle Manu put amarrer son bateau, avec l’aide du serpent Vasuki qui lui servit de corde.

Dans l’Inde brahmanique, Agni, comme dieu du feu, possède la foudre dans ses attributs. Il peut aussi combattre les effets de la pluie intarissable qui coule des écluses de Varouna, la Lune, régulatrice des saisons et des pluies ». Dans les lois de Manou, code indien antique inspiré de soutras rédigé entre 600 et 200 avant J.C., le caractère confus et matriciel de ces eaux du début du monde est bien mis en valeur : « ce monde était obscurité, inconnaissable, sans rien de distinctif, échappant au raisonnement et à la perception, comme complètement dans le sommeil. Alors l’être auguste existant par lui-même […] parut pour dissiper les ténèbres. Voulant tirer de son corps les diverses créatures, il produisit d’abord par la pensée les eaux et y déposa sa semence » (1.5.8.).

Dans l’hindouisme, après son sommeil sur le serpent cosmique, à la surface des eaux, Visnu crée la terre de par sa volonté. Karna, héros de l’épopée hindoue du Mahâbhârata, est découvert à la surface du Gange. On voit naître Les habitants des îles Andaman, dans le golfe du Bengale, croient que leur reflet est effectivement leur âme ; aussi évitent-ils de jeter le regard dans l’eau. De même, dans la Grèce et dans l’Inde anciennes, un rêve de reflet dans l’eau est un présage de mort prochaine. On craint aussi que les esprits des eaux n’emportent l’âme avec eux, laissant l’être sans cet indispensable soutien pour le restant de ses jours.

Mythologie du monde arabo musulman

 

L’Eau, le Coran et ses règles

Le Professeur Abdelhadi Boutaleb, Ancien Ministre, membre de l’Académie du Royaume du Maroc, évoque dans le séminaire international de Rabat (août 1992) l’unicité de Dieu, seul créateur dont la volonté domine le temps et l’espace et s’exerce sur l’incommensurable et sur l’infiniment, sur le vécu, l’invisible constituant son royaume. C’est un domaine harmonieusement constitué où tout a été créé pour servir l’homme et le satisfaire. En effet, dans la sourate « les abeilles » (versets 2 à 16), on peut lire ce qui suit : « Il a été créé pour vous les bestiaux dont vous tirerez de chauds vêtements, d’autres profits encore et dont vous vous nourrirez… Il a été créé pour vous les chevaux, les mulets et les ânes pour vous servir de montures et être exhibés en parade…C’est lui qui a fait descendre du ciel l’eau qui vous sert de boisson et qui fait croître les pâturages pour vos troupeaux. Grâce à lui, elle fait encore pousser pour vous les céréales, les oliviers, les palmiers, les vignes et toutes sortes d’arbres fruitiers. Il a mis à votre service la nuit, le jour, le soleil et la lune. Les étoiles vous sont soumises par son ordre. Ce qu’il a créé pour vous est de couleurs variées. Il y a vraiment un signe pour un peuple qui réfléchit ! C’est lui qui a mis la mer à votre service pour que vous en retireriez une chair fraîche et les joyaux dont vous vous parez. Les vaisseaux la fendent pour que vous partiez à la recherche de ces bienfaits. Peut-être serez-vous reconnaissant ! Il a jeté sur la terre des montagnes comme des piliers, des rivières, des chemins, qui vous serviront pour vous guider ainsi que des points de repère et des étoiles. Dans ces versets, l’eau que Dieu fait descendre du ciel est l’élément qui apporte la vie aux hommes avec leur boisson et avec la nourriture qui vient des pâturages pour les troupeaux et avec les céréales, les oliviers, les palmiers et les vignes. Dieu, avec le Coran, en confie la gestion à l’homme qu’il guide dans ses actions tout au long de ce livre sacré. C’est à lui de faire face aux éléments mauvais et aux intempéries qu’il maîtrisera à condition qu’il suive les signes de Dieu.


2. MYTHOLOGIE DES MARAIS, LAVOIRS, PUITS,  SOURCES ET FONTAINES


  • Les marais

 

Les marais : eaux dormantes, eaux mortes

Les marais et marécages ont toujours suscité la crainte. Ici les eaux sont mortifères, et pas seulement parce que le moustique qui s’y reproduit est un grand assassin. S’il y a peu d’exemple, dans les mythologies grecques et latines d’eaux inquiétantes ou assassines (une des rares sont les eaux glacées, la stygios bydor des Grecs qui fit, dit-on, mourir Alexandre le Grand) elles sont fréquentes dans l’imaginaire septentrional. Le marais cache en son sein des esprits infernaux. Ceux qui s’en approchent risquent toujours leur vie. Il n’y a guère d’accommodements possibles avec les créatures malveillantes qui l’habitent. C’est que leurs pouvoirs sont considérables. On ne compte plus les légendes dans lesquelles ces paluds ont englouti non seulement des charrois et des voyageurs, mais des villes entières. Les marais furent reconnus par l’Eglise catholique de nature diabolique. Les portes de l’Enfer s’ouvrent au fond de ces eaux noires. C’est pourquoi les âmes en peine hantent ces lieux de mort.

 ·  Les lavoirs

 

Encore très nombreux avant l’alimentation en eau dans les villages, ces lieux ou se rassemblaient les femmes ont été propice aux mythes et aux croyances. Cela nous renvoie à la légende des « lavandières de nuit » qui voudrait que de mystérieuses laveuses se retrouvent la nuit auprès des mares pour y laver les âmes des enfants morts sans les baptiser.

George Sand, bien connue avec son roman la « Mare au diable » en 1851 dans un article intitulé « Les visions de la nuit dans les campagnes », parle de ces croyances en leur retirant un peu de leur mystère. « Nous avons entendu souvent le battoir des lavandières fantastiques résonner dans le silence de la nuit autour de mares désertes. C’est à s’y tromper, c’est une espèces de grenouille qui produit ce bruit formidable. » Mais elle ajoute « C’est bien triste de faire cette puérile découverte, et de ne plus espérer l’apparition des terribles sorcières tordant leurs haillons immondes à la brume des nuits de novembre, aux premières clartés d’un croissant blafard reflété par les eaux. »

 

 ·  Les puits

On notera que le corpus des légendes relatives à l’eau, le puits est presque totalement absent. C’est qu’il n’est pas le produit d’une force de la nature. Chacun sait qu’il a été creusé par des hommes. Au lieu d’être, comme beaucoup de sources, cachés au fond d’un bois ou d’une lointaine vallée, il se trouve à proximité des habitations. Il n’y a nul mystère là dedans. Pas d’action miraculeuse de personnage puissant ou sacré dans cet éreintant travail de creusement et de maçonnerie. Le culte familier rendu aux puits se retrouve partout, non seulement dans les climats secs, où l’eau vaut plus que de l’or, mais aussi dans les pays tempérés. Le christianisme y a réinterprété des coutumes païennes. Aujourd’hui encore on parle toujours des eaux miraculeuses qui guérissent et surtout qui rajeunissent. Le puits, à l’instar du lavoir représente tout à la fois, la vie et la mort. La vie, parce que c’est sur sa margelle que se nouent les amitiés, les intriguent amoureuses, que se font les « accordailles ». C’est là aussi que les galants viennent cueillir des fleurs pour leurs maîtresses comme en témoignent certaines chansons traditionnelles. Deux cartes postales anciennes, agrémentées de textes de chansonniers poètes patoisant (Jean Rameau pour le Berry et Jules-Marie Simon pour l’Orléanais), illustrent parfaitement cette fonction du puits. Tout comme le lavoir c’est un lieu plutôt féminin, en effet, c’est généralement la femme qui va au puits et celui-ci constitue également un lieu de communication important. Et Jean Rameau d’ironiser : « C’est là que nos Berriaudes vont papoter, et qu’elles cherchent des nouvelles dans la lune, pour faire le journal de la commune » La mort, parce que c’est aussi le « trou sans fond », la porte du néant, là où les candidats au suicide viennent justement « chercher la mort » (jusqu’au milieu du XXe siècle cette forme de suicide sera, du moins en milieu rural, la plus répandue avec la pendaison). Le puits fait communiquer avec le séjour des morts. Le son caverneux qui en remonte en est la preuve. Les puits qui ont un écho sont très fréquentés comme ce « puits qui parle » à Trôo dans le Vendômois. Le puits est, enfin, symbole de la connaissance (d’où l’expression : « Un puits de science »), du secret, de la dissimulation, notamment de la Vérité dont on sait qu’elle est au fond et d’où elle sortirai toute nue. Au Japon comme le rappelle le Docteur Harao Sakuraï de l’université Kogakkas (Isécity), les mythes autour de l’eau existent toujours. L’eau est décrite dans les légendes comme ayant un pouvoir de vie. Dans certaines régions, des puits mentionnant leur découverte par le Kami (divinité) un héros, un moine fameux ou une femme existent toujours. Par exemple, on dit qu’un puissant jaillissement d’eau a surgi après que le Kami ou un héros eurent plongé un bâton dans le sol. De plus, ces puits célèbres à l’eau toujours claire et pure, sont réputés pour leur pouvoir curatifs, l’eau ne se contente donc pas d’entretenir la vie humaine biologiquement, mais porte également une signification spirituelle.

 

 ·  Sources et fontaines chinoises

 

Les anciens écrits chinois témoignent de ce culte pour l’eau régénérante. Des sources en montagne passent pour être l’élixir de vie, où des empereurs de la dynastie Han font des pélerinages.

 

 

  •   Sources et fontaines dans le monde gréco-romain

Dans son Histoire naturelle, Pline constatait que « l’eau n’était pas un élément dépourvu de merveilles ». Il est vrai que le jaillissement des sources a posé, pendant longtemps la question de l’origine des eaux qui en sortaient. Mais cette préoccupation ne concernait que les philosophes, savants et autres sages. Pour le commun des mortels la source n’était que la manifestation tangible de forces telluriques qui le dépassaient. Bien que Vitruve et Lucrèce aient affirmé le lien qui existait ente les sources et leur impluvium, il faudra attendre la Renaissance pour que l’origine météorique des eaux souterraines soit définitivement admise. A défaut d’explications rationnelles on laisse au légendaire le soin de fournir des images poétiques.

Sous le régime méditerranéen l’ombre est toujours transparente et les ciels lumineux. Les sources jaillissent à la lumière. Elles ont toutes les apparences de la plus totale bienveillance vis-à-vis de l’homme. Il est donc normal qu’on leur affecte une divinité tutélaire aimable, aux intentions favorables. La nature féminine de l’eau impose qu’elle soit de ce sexe, de surcroît jeune, vierge et belle comme l’eau qui jaillit. Si Hésiode ne comptait que quarante fleuves ou cours d’eau divinisés, aucune source antique n’était en déshérence. Aucune n’était vacante. Partout une nymphe habitait les lieux et les protégeait. L’image pouvait aussi être inverse. C’est alors la nymphe qui, au terme d’un processus magique, était transformée en fontaine, comme la célèbre égérie. Favorables aux humains ces divinités féminines, conçues à leur image, n’en étaient pas moins soumises à des humeurs inconstantes. Leur colère était toujours à craindre. Aussi des dévotions particulières étaient-elles parfois nécessaires pour maintenir l’harmonie. Dévotions qui dans certains cas pouvaient aller jusqu’à la construction d’un sanctuaire. Les romains construiront des nymphées sur la plupart des têtes d’aqueduc. A d’autres moments, les liturgies étaient plus bon enfant et se limitaient à des libations, comme Horace les décrit dans ses odes. Premier exemple de synchrétisme, les innombrables offrandes croyances et ex-voto retrouvés laissent apparaître que la société romaine communiait ici, dans une même dévotion avec la société traditionnelle. Les rivières et les fleuves ne connurent jamais semblables croyances. Eloignée de son origine souterraine l’eau semble perdre ses vertus.Nymphes latines, ni fées celtiques, ne se baignent en rivière, mais toujours dans les sources. Pendant les Fontinalia romaines, les fêtes de Fons du 13 octobre, le dieu des fontaines et des puits, on lance des guirlandes fleuries dans les sources et l’on en décore les puits. L’égérie romaine est une source et la nymphe d’une fontaine, amante de Numa Pompilius, second roi de Rome. Les amants ont des rendez-vous nocturnes dans la grotte sacrée où sa maîtresse inspire au roi les textes de lois. Après la mort de Numa, Egérie devient fontaine de ses larmes.

Fontaines de jouvence et d’immortalité

Les Grecs enchâssent leurs sources sacrées dans des bassins artificiels élevés à leur jaillissement, autour des représentations de divinités associées. Les mythes romains comme celtiques, offrent tout un répertoire de déesses et de nymphes siégeant dans quelque point d’eau. Le nom des rivières est le même que celui des déesses ; la Seine est la déesse Sequana des Gaulois. Des centaines d’ex-voto gallo-romains en bois, découverts à la source de la Seine en 1960, attestent d’une croyance dans les vertus curatives des eaux jaillissant à cet endroit. L’origine éthymologique du nom serait même étrusque. Selon le grec Lucien, au IIème siècle, les mystérieux Seres – quelque part entre l’Inde et le pays des Scythes – vivent jusqu’à l’âge de trois cent ans. Il écrit : « On attribue leur longévité à l’air qu’il y fait, à des particularités du sol, ou encore à leur sobriété. En fait, on prétend que ce peuple ne boit jamais que de l’eau. »

 3.  LES FLEUVES DE LA MYTHOLOGIE

 


Les fleuves de l’au-delà

  • Les fleuves de la mythologie grecque

 

Les mythes antiques font une large place à l’eau : selon le grand poète grec Homère, les fleuves prenaient naissance et retournaient dans le Tartare, un gouffre situé dans les entrailles de la terre. Les Romains pensaient que les fleuves étaient habités par des nymphes et les rivières par des dieux barbus. Les mythes antiques font une large place à l’eau : selon le poète grec Homère, les fleuves prenaient naissance et retournaient dans le Tartare, un gouffre situé dans les entrailles de la terre. Pour les hommes de l’Antiquité, les sources possédaient un pouvoir divin. De même, les Romains pensaient que les fleuves étaient habités par des nymphes et les rivières par des dieux barbus. L’enfer grec comporte cinq fleuves bien connus : le Styx, l’Achéron, le Cocyte, le Phlégéthon et le Léthé. Sur le Styx, fleuve de la haine qui fait neuf fois le tour des Enfers, le cocher Charon emmène les morts au Dieu Hadès. Qu’un mortel touche les eaux du Styx, et il sera pourvu de pouvoirs surhumains. Thétis, mère d’Achille, le plonge à sa naissance dans le Styx pour le rendre invincible – sauf au talon, par lequel elle le tient. Le Léthé est le fleuve de l’oubli, où les âmes des morts oublient leurs vies antérieures. Partout, les fleuves relient toujours la vie à la mort.

 

  •   Les fleuves de la mythologie grecque

 

Les mythes antiques font une large place à l’eau : selon le grand poète grec Homère, les fleuves prenaient naissance et retournaient dans le Tartare, un gouffre situé dans les entrailles de la terre. Les Romains pensaient que les fleuves étaient habités par des nymphes et les rivières par des dieux barbus. Les mythes antiques font une large place à l’eau : selon le poète grec Homère, les fleuves prenaient naissance et retournaient dans le Tartare, un gouffre situé dans les entrailles de la terre. Pour les hommes de l’Antiquité, les sources possédaient un pouvoir divin. De même, les Romains pensaient que les fleuves étaient habités par des nymphes et les rivières par des dieux barbus. L’enfer grec comporte cinq fleuves bien connus : le Styx, l’Achéron, le Cocyte, le Phlégéthon et le Léthé. Sur le Styx, fleuve de la haine qui fait neuf fois le tour des Enfers, le cocher Charon emmène les morts au Dieu Hadès. Qu’un mortel touche les eaux du Styx, et il sera pourvu de pouvoirs surhumains. Thétis, mère d’Achille, le plonge à sa naissance dans le Styx pour le rendre invincible – sauf au talon, par lequel elle le tient. Le Léthé est le fleuve de l’oubli, où les âmes des morts oublient leurs vies antérieures. Partout, les fleuves relient toujours la vie à la mort.

 

  • Les fleuves dans la mythologie japonaise

Dans les tombes des anciens Japonais, tout comme chez les Egyptiens, les bateaux sont le réceptacle des âmes dans leur voyage et leur traversée vers l’au-delà.

 

Les fleuves et les inondations

  •  Le déluge

 

Les crues et les inondations provoquées par les cours d’eau, sont, avec le Déluge, les plus vieilles métaphores connues : le pouvoir indistinct du bien et du mal dans la fin du monde et l’avènement de l’autre. Avec elles, la destruction se fait purification et renouvellement ; la mort mène à une renaissance. Ces exemples ne se retrouvent pas seulement dans la Genèse et dans l’Epopée de Gilgamesh babylonienne, mais aussi dans les mythologies chinoise, indienne, africaine, polynésienne ou américaine ! Toutes évoquent des pluies torrentielles suivies de crues, jusqu’à l’apparition d’un oiseau mythique réinstaurant la vie et la végétation. Dans plusieurs versions, tout est détruit, sinon un couple privilégié, dans le Déluge qui emporte la terre ; les survivants se sauvent sur un radeau ou un tronc d’arbre, et cherchent à atteindre une montagne. Troublantes similitudes entre toutes ces versions d’un mal déraciné et d’une poignée d’élus recommençant une vie vertueuse, au sommet d’une montagne isolée. Partout les crues des fleuves sont l’agent de ces métamorphose

 

  • L’arche de Noé

 

Noé, comme son parallèle chaldéen Outa-Napishtim, rassemble dans son arche les représentants de chaque race vivante, tandis que les autres périssent dans le Déluge. Le mot « arche » est à rapprocher du sanskrit argha (le croissant), bateau lunaire qui mène les âmes vers une nouvelle enveloppe charnelle.

 Dans l’Ancien Testament, l’arche est tebah, qui désigne également le panier dans lequel est découvert Moïse sur les bords du Nil. Dans l’Epopée de Gilgamesh, Ishtar, la déesse Lune babylonienne, appelle un Déluge pour détruire le monde. Bien que tous ces évènements ressortissent d’une forme symbolique, archétypale, le Déluge semble autre chose qu’un événement psychique. Des tablettes assyriennes de la bibliothèque d’Assurbanipal attestent l’arrivée des survivants d’un déluge sur un bateau construit par un roi-prêtre. Et il reste des preuves archéologiques. Des recherches menées à la cité chaldéenne de Ur ont mis à jour les traces d’une civilisation enfouie sous une épaisse couche de limon, sans aucun témoignage de vie.

Dans le golfe persique tout comme dans le golfe de Mexico, on a révélé une vie antédiluvienne sous un sol riche en alluvions. Mêmes découvertes en Asie, où on pourrait dater vers 2297 avant J.C. une catastrophe géologique. Tout laisse à penser que le mythe du Déluge est aussi l’écho d’un des plus grands désastres qu’ait connus la nature.

 


Le voyage dans les profondeurs

 

 

Autre métaphore, que la descente vers les profondeurs aquatiques : l’exploration de l’âme et le plongeon dans l’inconnu, ou le renoncement aux valeurs terrestres. Le voyage mythologique est bien connu des divinités féminines des rivières, cherchant celui qu’elles ont perdu, ou la partie d’elles-mêmes qu’elles veulent recouvrer. C’est la quête de la partie manquante. Isis cherche Osiris, Psyché cherche Eros, et Ishtar, Tammuz : dans l’idéal platonicien, on dirait qu’elles cherchent leur moitié. C’est la quête terrestre de la complétude. L’eau joue un rôle déterminant pour Eros et Psyché : cette dernière ayant perdu le premier par sa désobéissance, se voit imposer des épreuves par Aphrodite, mère d’Eros, pour le retrouver. Le résultat escompté du voyage sur les eaux, c’est la maturation ; quelques expériences inconnues se révèlent le long du chemin.

 

Les pélerinages sur les fleuves

Les cultes rendus à certains fleuves donnent lieu à des pèlerinages, en souvenir de personnages sacrés ou de leurs vertus guérisseuses. On a l’équivalent dans le monde chrétien avec le célèbre fleuve Jourdain où le Christ est baptisé. Les hindous racontent comment les six mille fils du roi Sagara ont été incinérés en punition de leur imprudence ; la déesse Gangâ, d’où le Gange tire son nom, descend des cieux pour purifier leurs cendres ? Le rite a lieu dans le delta du Bengale. Depuis lors, les hindous rendent hommage au Gange, par un bain rituel qui l’ave l’homme de ses péchés. Ceux qui s’y noient renaissent parmi les dieux.

 

Les vallées fluviales, berceaux des grands civilisations

  • Le Nil

 

Avec ses 6 700 km, c’est le plus long fleuve du monde. Pour l’Egypte antique – y compris aux époques hellénistique et romaine –, le Nil est un véritable dieu, surtout dans ses crues qui sont la renaissance du fleuve.

La crue du printemps est un don sacré ; le fleuve se répand sur la terre qu’il fertilise. Selon la célèbre formule du grand historien grec Herodote, « l’Egypte est un don du Nil ». « Tu es le vivifiant des terre que Ré a créées », chantent les Egyptiens. « Tu donnes la vie aux animaux, Tu fais boire le pays entier lors de Ta descente céleste. » Les débordements de la crue sont considérés comme une forme de purification. Se noyer dans le fleuve, c’est s’unir, en un suprême hommage, à son dieu. Le mot égyptien qui signifie « noyer » dérive d’ailleurs de « prier ».

 Né de vastes lacs intérieurs situés sous l’Equateur, au cœur du continent africain, ce fleuve unique draine les cours d’eau herbeuse du Soudan, puis les torrents tumultueux d’Abyssinie. Nil Bleu et Nil Blanc fusionnent à Khartoum. Après avoir franchi les steppes de Nubie, le Nil enfin unifié s’engage dans une région désertique où ses eaux paresseuses s’animent par endroits de rapides qui découpent dans le roc îles et îlots ; six cataractes se succèdent ainsi, dont la dernière, celle d'Assouan, marque le début de l'Egypte.

Les anciens Egyptiens étaient parfaitement conscients que leur pays était un don de cette « force primordiale et tutélaire », conscients aussi que sa crue bienfaisante qui noie les basses terres l’été, devait être maîtrisée. Depuis la Préhistoire, ils se sont attelés à cette tâche, nivelant les bosses et comblant les dépressions pour gagner de nouvelles terres, creusant des canaux pour endiguer les eaux et pour irriguer, les curant ou en modifiant le tracé selon les besoins.

Pour que tout le pays puisse bénéficier des bienfaits de la crue, ils le divisèrent en « bassins d’irrigation », entourés de digues dans lesquelles, au moment de l’inondation, des brèches étaient pratiquées puis colmatées ; au bout d’une vingtaine de jours, les eaux une fois évacuées, labours et semailles pouvaient commencer. Du néolithique à la fin du XVIIIème siècle, cette riche vallée du limon noir a été vouée à l’irrigation par bassins. Grâce à son réseau de canaux, elle a pu développer une activité qui tenait à la fois de la grande agriculture planifiée et de l’horticulture au jour le jour. Trois saisons d’égale longueur rythmaient l’année : celles de l’inondation, des semailles et de la récolte. La saison de la crue pendant laquelle les eaux du fleuve envahissaient les campagnes, créant une véritable mer intérieure d’où émergeaient les villages construits sur des éminences qui ne pouvaient communiquer que par barques, représentait une période de détente : les fellahs, condamnés à l’inaction, s’adonnaient à la pêche ou à des activités artisanales. Les deux saisons suivantes étaient marquées par une activité intense. Des crues trop faibles menaçaient le pays de famine ; trop fortes, elles exigeaient la mobilisation de milliers de travailleurs pour la surveillance des digues. D’où la nécessité de coordonner les observations nilométriques et la répartition des eaux tout le long du pays.

A cette exigence devait répondre un Etat fortement centralisé et méthodique, étayé par une administration hiérarchisée, chargée de contrôler les activités de chacun et de régler toute l’économie. C’est à l’Ancien Empire (2778-2263 avant J.C.) que remonte leur mise en place. Enfant et héritier des dieux qui lui garantissaient la domination universelle lui revenant de droit, dieu lui-même, Pharaon déléguait ses pouvoirs à la tête de l’administration à Vizir, auquel il recommandait en lui donnant l’investiture : « Considère le bureau de Vizir… Veille sur tout ce qui doit s’y faire, car c’est par là qu’est maintenue l’existence du pays tout entier ». La tâche était écrasante : diriger l’irrigation et régler la consommation, effectuer les relevés cadastraux et tenir les registres fiscaux, remplir les greniers et surveiller l’élevage, rendre la justice et administrer les prisons, gérer la vie de la cour et exploiter les domaines des temples, construire des monuments, nombreux et souvent gigantesques, et mettre en chantier les bateaux, pourvoir aux besoins de l’armée et surveiller les frontières, organiser des expéditions commerciales et entretenir des relations avec les pays étrangers.

Dès 330 avant J.C., à l’époque des Ptolémée, les Egyptiens construisent des nilomètres, grandes cryptes situées en dessous des temples, qui mesurent le niveau d’eau et contribuent symboliquement à la naissance de la crue. A l’origine, ils servent à renouveler l’eau du fleuve pour les besoins liturgiques du culte d’Isis et Sérapis. Leur rôle n’est pas seulement la représentation symbolique de la crue, mais aussi, quand celle-ci survient, d’être un rempart contre elle à la saison des pluies. Depuis le temps des pharaons, les paysans égyptiens continuent à utiliser la précieuse eau du Nil en l’élevant de quelques mètres pour la faire couler dans des canaux d’irrigation. Le système de poches et de leviers qui rend possible ce travail, le chadouf, n’a guère changé d’aspect. Il est maintenant souvent remplacé par de petites pompes à moteur, plus efficaces et moins fatigantes, mais bruyantes et surtout dépendantes d’une source d’énergie externe.

 

  •  Le Niger

« Tout fleuve est vecteur et symbole de vie. Mais quand il traverse, comme le Niger, sur des milliers de kilomètres, un désert absolu et le change en pâturages, rizières, potagers, inépuisable vivier de poissons, le dialogue entre la mort et la vie, la métamorphose permanente de celle-là en celle-ci (et réciproquement), prennent une autre dimension : le flou s’estompe, l’agitation des jours s’apaise d’elle-même. Et monte en soi le sentiment d’aborder un peu, si peu, l’essentiel. Non par de grandes idées, mais dans le seul portrait du quotidien des gens », selon Erik Orsenna.

Le capricieux fleuve Niger est craint des hommes. Avant tout long voyage, les bateaux aventureux se font protéger des mauvais esprits. Le génie des eaux apaisé, la vie peut alors s’installer sur le Tombouctou, les enfants jouer, les femmes plaisanter, cuisiner, les hommes fumer et traiter des affaires. Les passagers disparaissent au cours des escales, laissant la place à d’autres ; puis vient l’étape de Mopti, à la confluence des fleuves Niger et Bahmi. Mopti, Venise de l’Afrique, ville d’échanges et de commerce, où se retrouvent tous les peuples du Sahel, la dernière escale de l’épopée sur le plus intrigant des fleuves, avec ses impressions d’Afrique, carnet de voyage envoûtant entre légende et réalité . Les Nupes, voisins au nord des Yorubas du Nigéria, racontent ainsi la formation du fleuve Niger. Leur roi consulte le devin Ifa pour savoir comment prévenir une invasion ennemie. Ifa lui enjoint de prendre un vêtement noir, qu’une vierge doit mettre en lambeaux. Le roi donne le vêtement à sa fille, Orya, qui suit ses indications. Sous les yeux du peuple entier, le vêtement déchiré devient une eau noire, qui va couler à partir du cœur du royaume. Les Ijaw racontent que leur fleuve, le Niger, apporte des messages que seuls peuvent lire les initiés. La veille du Jour de l’An, on se baigne dans son delta et on rêve, collectivement, des esprits des eaux et des voyages sous-marins. Par ailleurs, durant les crues, des esprits des eaux abordent aux villages, et à la récession, celles-ci purifient des péchés. Dans le temps, un bouc émissaire portait ces péchés sur la tête, dans un récipient en forme de pirogue, jusqu’à ce que la crue l’avale et le disperse dans l’océan.

l’Académie de l’Eau
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